DIOCÈSE D'EUROPE OCCIDENTALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
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Vénérable Jean Cassien

Publié le 06/02/2016

Vénérable Jean Cassien
Vénérable Jean Cassien

Johannes Cassianus, appelé communément Jean Cassien, dit « le Romain » ou « le Roumain », est né entre 360 et 365 en Scythie (actuelle Roumanie) et mort entre 433 et 435 à Marseille. C’est un moine et homme d’Église méditerranéen qui a marqué profondément les débuts de l’Église en Provence au ve siècle. Il est le fondateur de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille.
Il a laissé une œuvre doctrinale importante, dont les Institutions cénobitiques (De Institutis coenobiorum et de octo principalium vitiorum remediis, écrit vers 420) et les Conférences (Conlationes ou Collationes), ouvrages consacrés à la vie monastique, qui ont profondément influencé le monachisme occidental du ve siècle à nos jours, notamment en raison de leur reprise dans la règle de saint Benoît, mais aussi parce qu’ils s’appuyaient sur l’expérience que fit Cassien du grand monachisme oriental, celui des déserts de Palestine et d’Égypte. Cassien établit un pont entre le monachisme d’Orient et celui d’Occident.
Il a longtemps été considéré comme un adepte du semi-pélagianisme, doctrine condamnée lors du Concile d’Orange, en 529. Mais cela n’empêcha pas l’Église catholique et les Églises orthodoxes de l’en disculper du fait même de sa reconnaissance comme saint par l’Église catholique et les Églises orthodoxes.

Son nom original est Cassien. Le prénom Jean aurait été ajouté en hommage à saint Jean Chrysostome, dont il a été un fidèle. Le nom de Cassien renvoie à un homme provenant d’une région roumaine (ancienne ville grecque puis romaine d’Histria) située à un des points de rencontre des civilisations latines et grecques.
Suivant un extrait du De Viris Illustribus de l’historien du ve siècle Gennadius de Marseille qui évoque « … Cassianus, natione Scytha… », il serait né en Scythie, en Dobroudja, dans une zone actuellement partagée entre la Roumanie et la Bulgarie. Cette origine roumaine est retenue par l’Église catholique.
Toutefois, depuis le xviie siècle, de nombreux auteurs se sont penchés sur l’interprétation à donner au texte de Gennadius, et, arguant des fautes des copistes successifs, ont proposé une origine dans le désert de Scété (heremus Scitii), près du delta du Nil (qui n’était qu’un site monastique où il séjournera plus tard). Quelques-uns ont plutôt cru à une allusion à Scythopolis (l’actuelle Beïsan, en Palestine). D’autres ont corrigé le texte en « Cassianus natione Syrus… » ; d’autres encore en « Cassianus, natus Serta… » faisant naitre Jean Cassien à Tigranocerte (l’actuelle Diyarbakir, dans l’ancienne province de Gordyène).
D’autres, depuis l’érudit marseillais du xviie siècle Louis Antoine de Ruffi ont évoqué un lieu de naissance en Provence, plaidant en faveur de Citharista (La Ciotat) qui, parce que ce nom était devenu inconnue des copistes du Moyen Âge, aurait été transcrit en Scytha. On suppose qu’il provenait d’une famille fortunée, grâce à qui il reçut une bonne éducation ainsi qu’il le dit lui-même dans ses Conférences.

Jean Cassien part très jeune avec son ami Germain avec qui il est « un esprit et une âme en deux corps » (Coll., 1, 1), pour se rendre dans un monastère de Bethléem (Inst., 3, 4), dans la Province de Syrie. Ce premier contact avec le monachisme cénobitique, qui dure seulement deux ans (Coll., 19, 2), lui permet de s’enrichir de la tradition du monachisme palestinien, dépourvu de tradition mystique dont il ne gardera pas un grand souvenir.
Vers 390, il obtient la permission de quitter le monastère pour aller avec Germain en Égypte à la rencontre des anachorètes de la Thébaïde. Lorsque les moines adeptes d’Évagre le Pontique, disciple d’Origène sont dispersés en 400 par l’évêque Théophile d’Alexandrie, Jean Cassien quitte l’Égypte et retourne brièvement à Bethléem avant de rejoindre Constantinople.
Les moines « origénistes » se rendent à Constantinople, et Jean Cassien reçoit les enseignements de Saint Jean Chrysostome qui l’ordonne diacre et lui donne la charge des trésors de sa cathédrale. Après l’exil de son maître spirituel en 404, il se rend à Rome ou il est chargé de solliciter l’intercession du pape Innocent Ier en faveur de l’évêque. Vers 415, il revient de Palestine avec l’ancien évêque d’Aix-en-Provence Lazare.

Il se fixe par la suite en Occident et fonde, en 414 ou 415, deux monastères à Marseille, Saint-Victor pour les hommes et Saint-Sauveur pour les femmes. Selon la tradition, il aurait demandé à l’évêque de Marseille, Proculus, un ami du Lazare rencontré en Palestine, l’autorisation de fonder un monastère près de la grotte où reposaient les reliques de saint Lazare et de saint Victor. Il aurait même fait construire près de cette grotte, deux églises, l’une dédiée à saint Pierre et saint Paul, l’autre à saint Jean-Baptiste. On assure que cinq mille moines y vivaient sous sa discipline.
Il serait mort vers 435 à Marseille. Toutefois, l’époque de sa mort reste incertaine. Suivant la légende de saint Prosper, il vivait encore en 433. Rivet place sa mort en 434 ou 435, d’autres, entre 440 et 458. Baillet et Dupin prétendent qu’il a vécu quatre-vingt-dix-sept ans.
La sainteté de Cassien est reconnue par Gennadius de Marseille dès 470, qui le nomme sanctus Cassianus. Saint Grégoire, dans une lettre adressée à une Abbesse de Marseille, témoigne d’un monastère consacré « en l’honneur de Saint Cassien. » Plus tard, les papes Urbain V et Benoît XIV reconnaîtront sa sainteté.

Il professa un semi-pélagianisme à première vue contraire à certaines positions de la doctrine de Saint Augustin, mais profession actuellement explicitée comme conforme à l’orthodoxie. Jean Cassien développe la doctrine des quatre sens de l’Écriture, sur la base des idées d’Origène.
Il est probable qu’il ait rencontré Evagre le Pontique à Nitrie. Il s’est fortement inspiré de ses œuvres, notamment en ce qui concerne la prière et la théorie des huit principaux vices. Il reçoit également l’influence d’Origène, dont il a lu le Traité des principes, ainsi que de saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Basile et saint Jérôme.
Alors la règle de Saint Augustin est l’élément fondamental de la législation de l’Ordre des Prêcheurs, Cassien est regardé comme un maître spirituel, à cause de la richesse de sa doctrine spirituelle. Les œuvres de Cassien sont le premier manuel de spiritualité de l’Occident, et elles étaient encore un ouvrage spirituel connu de tous au Moyen Âge. Cassien formait les consciences, et faisait progresser dans la vie spirituelle. Le nombre des citations des Conférences contenu dans le commentaire de la Règle de saint Augustin par Humbert de Romans est significatif.