DIOCÈSE D'EUROPE OCCIDENTALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
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Sainte Martyre Eugénie

Publié le 03/02/2016

Sainte Martyre Eugénie
Sainte Martyre Eugénie

Elle fut ainsi traînée jusque dans l’île de Lycaonie, appelée aussi l’île du Tibre, et également célèbre dans l’histoire de Rome païenne et de Rome chrétienne. Elle était arrivée dans l’édifice consacré à la déesse, lorsque, prêt à frapper, le licteur lui dit : « Rachète ta vie et ton patrimoine, Eugénie, et sacrifie à la déesse Diane ». — « Mon Dieu ! » s’écria la généreuse martyre, en étendant les mains, « vous qui connaissez les secrets de mon cœur, qui dans votre amour pour moi, avez conservé ma virginité intacte, qui m’avez unie à votre fils Jésus-Christ, mon Seigneur, qui avez fait régner en moi votre Esprit-Saint, venez à mon aide dans la confession que je fais de votre saint nom, et couvrez de confusion tous ceux qui servent cette idole et qui se glorifient de leurs simulacres ».

Comme elle achevait cette prière, une violente secousse ébranle le sol ; le temple tremble dans ses fondements et s’abîme avec l’idole elle-même : il ne reste debout que l’autel dressé devant la porte, où se tenait Eugénie. Ce prodige attire un immense concours de peuple ; et, du sein de cette multitude, mille voix s’élèvent, dont les unes proclament l’innocence d’Eugénie, et les autres la traitent de magicienne. Le préfet, informé de ce qui se passe, en instruit l’empereur ; et une sentence de Gallien condamne Eugénie à être précipitée dans le Tibre, avec une énorme pierre au cou. Mais celui qui avait été avec son apôtre sur la mer, n’abandonna pas Eugénie dans le fleuve : l’énorme pierre, s’entrouvrant, se détache du cou de la Sainte; et tous purent la contempler tranquillement assise et comme portée par les anges sur les eaux du Tibre.
On l’en retira pour l’exposer à un nouveau supplice. Les ondes avaient épargné leur victime ; mais dans la pensée des persécuteurs, elle n’échapperait pas à l’action du feu. Elle fut donc condamnée à être jetée dans une fournaise ardente. On traîna Eugénie à travers les deux régions d’au-delà du Tibre et du Circus Maximus, jusqu’à celle de la Porta Capena, où Sévère avait bâti les Thermes de son nom en 202. Ce n’est pas sans dessein que la Providence avait ménagé ce nouveau théâtre à la martyre : sa présence aux Thermes de Sévère rappelait que ce prince avait été son premier persécuteur ; et les derniers triomphes de la fille de Philippe se reliaient ainsi à celui qui l’avait illustrée dans Alexandrie.

Quand elle fut dans les flammes, l’hypocauste s’éteignit au point que les bains perdirent soudainement leur chaleur. En vain essaya-t-on de le rallumer : le bois entassé dans l’hypocauste ne produisit plus qu’une fumée épaisse qui étouffait le brasier et arrêtait l’ardeur du feu.

Non loin de là était un cachot ténébreux, où les confecteurs reçurent bientôt l’ordre d’enfermer celle que ni l’eau, ni le feu n’avaient pu atteindre. Elle fut condamnée à rester là dix jours entiers sans nourriture, et sans le moindre contact avec la lumière extérieure. Mais ceux qui l’avaient jetée dans ces ténèbres ne savaient pas que là encore, aussi bien que sur le Tibre et dans les Thermes, Dieu serait avec elle. Le Dieu de lumière, qui ordonne ou qui défend à l’aurore de se lever, illumina soudainement la prison ; et Eugénie elle-même devint tout éblouissante de clarté.

Le Sauveur lui apparut pendant son long jeûne ; il vint à elle avec une majesté douce, et, dans ses doigts divins, il tenait un pain d’une éclatante blancheur et infiniment délicieux au goût. « Eugénie », lui dit-il, « recevez ce pain de ma main : « je suis votre Sauveur, celui que vous avez aimé et que vous aimez de toute la force de votre esprit et de votre cœur. Je veux vous recevoir dans le ciel le jour où moi-même je suis descendu sur la terre ». Et, disant ces mots, il disparut.

Cet avant-goût du paradis, le céleste rendez-vous qui venait de lui être donné, laissèrent Eugénie dans l’extase du bonheur. Les battements de son cœur ne furent plus que de brûlantes aspirations vers son bien-aimé. Le jour de la Nativité du Sauveur, un gladiateur reçut l’ordre de pénétrer jusqu’à elle, et il lui perça la gorge de son glaive dans la prison même. Son âme s’envola dans les jardins de l’Époux.