DIOCÈSE D'EUROPE OCCIDENTALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
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Saint Prophète Isaïe

Publié le 11/02/2016

Saint Prophète Isaïe
Saint Prophète Isaïe

Le Saint Prophète Isaïe naquit dans le royaume de Juda, aux environs de 765 avant Jésus-Christ, au temps où le peuple juif, cruellement divisé entre les royaumes rivaux d’Israël (avec pour capitale Samarie) et de Juda (capitale Jérusalem), allait traverser une des périodes les plus tragiques de son histoire, conclue par la ruine définitive du royaume de Samarie. Isaïe exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie, maîtresse de l’Orient, faisait peser sur les royaumes juifs et leurs voisins. Pris en étau entre l’Assyrie et l’Egypte, toujours tenté de recourir à une alliance trop humaine avec l’un de ses ennemis contre l’autre, le royaume de Juda était, de plus, corrompu par l’influence des cultes étrangers, par la perversion morale conséquence de la prospérité matérielle et par le mépris de la Loi de Dieu. La magie, la nécromancie et toutes sortes de pratiques superstitieuses remplaçaient parmi le peuple le culte prescrit par la Loi, et même ceux qui restaient fidèles au culte du Seigneur dans le Temple, se contentaient d’une religion formaliste et hypocrite, honorant Dieu de leurs lèvres, mais leur cœur restant loin de Lui (Is. 29:13).
L’année de la mort du roi Ozias (740), alors qu’Isaïe se trouvait dans le Temple, il vit le Seigneur apparaître dans toute Sa gloire, sur un trône élevé, entouré de séraphins aux six ailes, qui clamaient : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur Sabaot ! » Au son de ces voix, les montants des portes s’ébranlèrent et le Temple fut rempli de fumée, comme jadis le mont Sinaï (cf. Ex. 19). Tombant à terre, Isaïe confessa son indignité en disant : « Malheureux que je suis, car étant homme, ayant les lèvres impures et habitant au sein d’un peuple aux lèvres impures, j’ai vu de mes yeux le Roi, le Seigneur Sabaot ! » Un séraphin fut alors envoyé vers lui, tenant dans sa main une braise qu’il avait prise avec des pinces sur l’Autel. Il la lui appliqua sur la bouche et dit : « Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné » . Celui qui fut appelé le « Prophète aux lèvres enflammées », se proposa pour être envoyé auprès du peuple rebelle, afin de lui annoncer la volonté de Dieu, dans l’espoir de le voir se repentir.
Peu après cette vision, il se maria et donna à ses deux fils des noms prédisant l’un, les épreuves à venir et l’autre, le « reste » qui devait subsister pour devenir le germe d’un peuple nouveau. Pendant les premières années de son ministère, Isaïe commença par prêcher à l’adresse du royaume de Samarie, dénonçant ses scandales et leur fausse espérance en un Dieu complaisant. Puis, de retour à Jérusalem, où il demeurera tout le reste de sa vie, il prit les cieux et la terre à témoin de l’ingratitude du peuple qui s’était détoumé de Dieu pour se livrer à la corruption et à l’idolâtrie. Il annonce que le Seigneur ne supportera pas davantage leur culte hypocrite, leurs sacrifices et leurs prières. «Lavez-vous, purifiez-vous. Cessez de faire le mal, apprenez àfaire le bien (..) Alors venez et discutons. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront (..) Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous dévorera » (1:16-18). Le Jour du Seigneur apparaîtra alors, qui abaissera tout ce qui est élevé : « L’orgueil de l’homme sera humilié, l’arrogance de l’homme sera abaissée, et le Seigneur, Lui seul, sera exalté en ce jour là » (2:17).
Ces prédictions de catastrophes se réalisèrent peu d’années après, lorsque le roi de Damas, Rason, et le roi d’Israël, Peqah, voulurent entraîner le roi de Juda, Achaz, dans une coalition contre le roi d’Assyrie, Teglat-Phalassar III. Sur son refus, ils attaquèrent le royaume de Juda, et Achaz, au lieu de se confier en Dieu, eut recours à l’Assyrie, malgré les avertissements d’Isaïe sur le danger de cette politique. Alors que, dans une grande effervescence, le peuple se préparait au siège de Jérusalem, Isaïe alla au-devant du roi, qui surveillait les travaux, et lui dit : « Prends garde et calme-toi ( .. ) les rois de Syrie et de Samarie ne prendront pas la ville et dans six ou cinq ans Ephraïm (i.e. le royaume du nord) cessera d’être un peuple » (7:8). Comme Achaz restait incrédule, Isaïe prononça la prophétie la plus claire de l’Ancien Testament sur la venue du Messie, « signe » par lequel tous les hommes seront appelés au Salut : « Le Seigneur, Lui-même, va donner un signe. Voici, la Vierge est enceinte et va enfanter un fils, et elle lui donnera le nom dEmmanuel (c’est-à-dire « Dieu est avec nous ») » (7:14 ; cf. Mat. 1:23) . Un peu plus tard, il précisera que cet enfant, qui va s’asseoir sur le trône de David, recevra tout pouvoir et portera les noms de : Dieu fort, Ange du Grand Conseil, Père éternel et Prince de la Paix (9:5). Le Prophète annonça aussi les malheurs qui allaient bientôt s’abattre sur Damas et Samarie. En 733, Teglat-Phalassar s’attaqua à Damas, tua Rason, puis il ravagea la Galilée et en déporta les habitants.
La mort du roi d’Assyrie, survenue peu après, suscita des espoirs chez le roi de Samarie, qui tenta une révolte. Pendant toute cette période, Isaïe ne cessa de blâmer cette folle politique, qui se fondait sur l’espérance trompeuse du soutien de l’Egypte et qui allait condamner à la ruine définitive le royaume d’Israël : « La superbe couronne des ivrognes dEphraïm sera foulée aux pieds » (28:3). Elle sera renversée par Assur, comme la grêle qui ravage subitement les moissons et 1’orage d’été qui renverse les maisons. Effectivement, après trois ans de siège (722 ; cf IV Rois 16), l’orgueilleuse Samarie fut détruite par les Assyriens; mais Isaïe proclama qu’après avoir servi pour un temps d’instrument à la colère de Dieu, ceux-ci allaient finalement être écrasés par l’Emmanuel (8:9).
Après la chute du royaume du nord, le Prophète se retira de la scène, jusqu’aux premiers temps du règne d’Ezéchias (vers 713). Différents peuples voisins d’Israël, poussés par l’Egypte, proposèrent alors au royaume de Juda d’entrer dans une nouvelle coalition contre l’oppresseur assyrien. Isaïe parcourut les rues de Jérusalem, pendant trois ans, pieds nus et vêtu d’un cilice, pour être un signe et un présage annonçant que les vains espoirs du recours à l’Egypte n’entraîneraient que la ruine, l’exil et le dénuement (20:2-6). Cette prédiction fut bientôt confirmée (711) par la prise d’Ashod, en Philistie, qui s’était elle aussi révoltée contre l’Assyrie en comptant sur l’aide égyptienne, ruine qui fut suivie de celle de Moab, d’Edom et de Babylone.
A la mort de Sargon II (705), roi d’Assyrie, auquel succéda son fils Sénnachérib, de nombreuses nations se révoltèrent sur l’initiative des Philistins et des Phéniciens. Malgré sa guérison miraculeuse et le signe accordé par Dieu qui, à la voix d’Isaïe, avait fait reculer l’ombre de dix degrés (cf. 38), Ezéchias refusa de se confier en Dieu et entra dans la coalition. Il fit faire des préparatifs de siège dans Jérusalem, répara les remparts, doubla les fortifications et fit creuser un canal souterrain pour l’alimentation en eau de la ville. Incorruptible défenseur des droits divins, Isaïe sortit de l’ombre et blâma les Juifs de faire tous ces préparatifs, au lieu de pleurer, de s’endeuiller et de se repentir. Il dénonça avec force les vains espoirs qu’ils continuaient de mettre dans les chars et les chevaux de l’Egypte – ce peuple qui n’apporte ni aide ni profit, mais seulement honte et confusion -, et non dans le Dieu d’Israël, Lui qui ne manque jamais à Sa parole et qui renverse, comme un torrent de feu, toutes les puissances altières de ce monde (31,:1). Et il prononça cette terrible sentence : « Ce péché ne sera pas expié, jusqu’à ce que mort s’en suive » (22:14). Malgré les efforts et les remontrances du Prophète, les nations se soulevèrent, suscitant une répression foudroyante de Sennachérib qui, ravageant tout sur son passage, écrasa la résistance en Palestine et vint assiéger Jérusalem avec une immense armée (701). Ezéchias lui offrit tout 1’or, l’argent et les objets précieux dont il disposait, vidant pour cela son trésor et le Temple (cf IV Rois 18) ; mais le roi d’Assyrie ne s’en déclara pas satisfait et voulut obtenir la reddition de la capitale. Le Prophète Isaïe vint cette fois auprès du roi et du peuple terrorisés, non plus pour menacer, mais pour leur annoncer que Dieu châtiera l’.orgueilleuse assurance du roi d’Assur et qu’Il délivrera son peuple, comme Il l’avait jadis délivré des Egyptiens sur la mer Rouge. Assur allait succomber sous l’épée de la justice divine et devenir objet de raillerie et de mépris de la part de la fille de Sion. Et, cette nuit-là, l’Ange du Seigneur frappa mortellement 185 000 hommes dans le camp des Assyriens. Sennachérib leva aussitôt le siège et rentra à Ninive, où il fut assassiné dans le temple du dieu Nisrok (cf 36).
Ayant accompli sa mission, Isaïe rentra dans le silence. On raconte que, sous le roi Manassé (687-642) qui dépassa tous ses prédécesseurs dans l’impiété et la cruauté, n’épargnant même pas les Prophètes qui lui rappelaient la Loi de Dieu, Isaïe fut coupé en deux, sur ordre du roi, au moyen d’une scie en bois . Dans son testament, le Prophète rappelle que c’était dans la conversion et le calme que se trouvait le salut du peuple, mais que l’ayant rejeté pour se fier à ce qui est tortueux et déloyal, la ruine définitive se préparait pour lui. Mais pour ceux qui espèrent en Dieu : « Il attend l’heure de faire grâce, il se lèvera pour vous prendre en pitié » (30:18).