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Saint Philippe de Moscou

Publié le 04/02/2016

Saint Philippe de Moscou
Saint Philippe de Moscou

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit!

Aujourd’hui, l’Eglise célèbre la mémoire du métropolite Philippe, un des plus célèbres saints archevêques de Moscou. Nombre d’entre vous ont visité le village de Peredelkino, près de Moscou, et y ont vu la vieille église, où se trouve à présent la résidence patriarcale. Le futur métropolite de Moscou et martyr a grandit dans ce bâtiment, ou quelque part à proximité (c’était la province du clan boyar Kolychev).

Bien sûr, il aurait pu mener une vie calme et privilégiée, comme tout autre enfant Boyar, passant son temps à étudier, chasser, s’amuser, accomplir des tâches domestiques et des activités familliales. Le jeune Kolychev aurait put mener sa vie en faisant tout cela. Mais Philippe voulait dévouer sa vie à servir Dieu et l’humanité. Son parcours le mena à un monastère très éloigné, au nord, sur les îles Solovetskii, qui deviendra une bibliothèque célèbre, puis un centre de détention et enfin un camp de concentration [au 20ème siècle]. De nos jours, ses ruines majestueuses secouent notre conscience.

Etant devenu abbé, Philippe commença à servir dans un des monastères. Les moines et leur abbé travaillaient dur pour soumettre cette région sauvage. Ils menaient une vie éprouvante, ayant à débroussailler un désert infranchissable avec leurs mains, loin des côtes des froides mers. Chaque nouveau pas était accomplit dans de grandes difficultés. Le monastère se trouve dans une région de permafrost, glacée en hiver, et infestée de nuages de moustiques en été. Cependant, c’étaient des endroits magnifiques, qui pouvaient et avaient besoin d’être rendus vivables, et les moines accomplissaient cet objectif.

Philippe aurait passé sa vie à travailler et prier avec les autres, mais le destin intervint soudainement. Ivan 4 le convoqua à Moscou, et l’informa qu’il devait devenir le prochain chef de l’Eglise Orthodoxe de Russie. Le Tsar Ivan connaissait Philippe depuis quelque temps. Il savait que le nouveau métropolite était honnête, un homme incorruptible et fiable, un sur qui il pouvait compter. Comme tous les tyrans, le Tsar appréciait ces qualités, car il redoutait les conspirations et les trahisons. Son âme était tourmentée par les crises de peur et de cruauté.

Dans l’histoire de notre patrie [Russie], il y eu 2 périodes durant lesquelles la tyranie paralysa notre peuple. Le règne du Tsar Ivan, que nous appellons « le Terrible », et à nouveau à l’époque de Staline, qui admirait Ivan et tenta de suivre son sanglant exemple. Par delà les siècles, il a ressentit dans ce bourreau une parenté d’esprit. Ainsi donc, Ivan le Terrible, qui frappait de terreur le coeur de l’Eglise et du peuple de Russie, était condamné à vivre dans la crainte. Comme tous les autres dirigeants criminels, il ne pouvait qu’être terrifié de ce qu’il avait commis, des horreurs qu’il avait perpétrées. Nombre de fois, il s’enfuira au monastère de la Sainte Trinité, où il remplira nombre de livres de souvenirs, y inscrivant les noms de centaines de gens qu’il avait tués – hommes, femmes, enfants, célèbres ou inconnus, tous ceux qu’il avait tués, ceux dont il avait taillé famille et maisonnée en morceaux, et dont il avait versé le sang. Il y venait gémir et prier pour ses victimes, puis confesser ses péchés aux moines. Ensuite, fatigué de se repentir, il replongeait dans la violence et les orgies sauvages, avant de se retrouver à nouveau frappé par la peur par la suite.

Un jour, Ivan vint à s’enfuir pour Alexandrov, s’y cacha et annonça qu’il ne gouvernerait plus. Tout le monde fut terriblement tracassé et prit peur, convaincu que sans un chef, le pays serait vite vulnérable à toutes sortes d’agressions. Une délégation lui fut envoyée, pour supplier Yvan de revenir. Le Tsar accepta, mais revint plus cruel que jamais, et s’entoura d’une garde secrète, l’Oprichnina. Les « oprichniki » s’habillaient tous de noir et servaient d’exécuteurs pour le peuple, entraient de force dans les maisons sans redouter punition, brûlaient, pillaient et tuaient. Telle était la sorte de gens gardant le Tsar, la propre police secrète d’Yvan.

Lorsque Philippe vint à Moscou, le Tsar le receva chaleureusement, mais Philippe prit la précaution de dire : « Si vous voulez que je vienne oeuvrer ici à Moscou pour l’Eglise, vous devez me donner le droit de célébrer une « pechalovaniia » (dans les anciens temps, cela se référait aux prières publiques pour les opprimés). Le Tsar hésita, puis pour finir accepta, et alors à cette seule condition, Philippe accepta la mitre blanche de métropolite de Moscou.

Au départ, Philippe parvint à influencer Ivan de manière positive, et même à apaiser sa cruauté un temps durant. A plusieurs reprises, le Tsar et le métropolite se croisèrent face à face dans les couloirs du Kremlin, et Philippe lui disait : « Sire, vous ne devriez pas verser le sang humain, le sang Chrétien. Pourquoi pensez-vous que tout le monde est contre vous? Si vous ne vous comportez pas de manière répréhensible, vous n’aurez rien à redouter. » Ainsi réprimandé, le Tsar laissait de côté ses plans maléfiques. Mais Philippe vit de profonds changements sur le visage et dans l’âme du Tsar. Il avait connut le Tsar comme un beau jeune homme, ouvert. A présent, bien qu’Yvan n’avait que 40 ans, il ressemblait déjà à un vieillard aigri; il avait une expression effrayante et la folie se lisait dans ses yeux.

Un jour, le Tsar participa à un nouveau massacre. Ensuite, lui et sa garde noire d’Oprichniki, qui étaient tous à cheval, gallopèrent jusqu’à la cathédrale du Kremlin, où Philippe était occupé à célébrer. Tout le groupe pénétra dans l’église. Ivan fixa le métropolite et déchira le silence de l’église en hurlant : « Pourquoi manques-tu de bénir ton Tsar et souverain? » Philippe se retourna et répondit d’une voix paisible : « Je ne reconnaîs pas le Tsar Chrétien dans ce comportement outrageant. »
« Dis-donc, mon ami moine », averti Yvan. « Ne t’imisce pas dans mes affaires, ou tu le regretteras amèrement. » Mais Yvan savait que le métropolite Philippe était un homme honnête et direct, qui n’aurait jamais rampé, ni agit contrairement à sa conscience. Lorsque Philippe était un moine vivant dans le nord, il se taisait à propos du Tsar, mais à présent qu’il était à la tête de l’Eglise, il prennait sur lui la responsabilité de porter témoignage. Philippe rassembla le clergé et discuta sur comment limiter l’extraordinaire cruauté d’Yvan. Personne ne soutint Philippe. Tous restèrent silencieux, tant ils avaient peur.

Lorsqu’éclata le conflit suivant entre le Tsar et le métropolite, dans la cathédrale, Ivan décida de se débarasser de Philippe. Sa méthode fut lâche, typique de tous les amateurs de violence. Il ne voulut pas commettre l’acte lui-même; il confia cela à ses hommes de main. Il convoqua les responsables de l’Eglise, et les força à retirer à Philippe le titre de métropolite. Durant un Office, les Oprichniki pénétrèrent brusquement dans l’église, arrêtèrent Philippe, et ordonnèrent aux autres ecclésiastiques de lui retirer ses vêtements de métropolite. Les sbires du Tsar attachèrent ensuite Philippe dans une charette à ciel ouvert – c’était l’hiver – et l’emenèrent au Kremlink afin de le soumettre à une parodie de procès. Le jugement tomba vite, cruel, et Philippe fut condamné à l’exil dans un monastère au nord de Moscou. *

A plusieurs reprises, l’ordre arriva de le faire mourrir de faim, mais Philippe était habitué aux longs jeûnes, et possédait une forte constitution, et ainsi il survécut. Lorsque le Tsar tenta de soumettre le peuple du Grand Novgorod, il décida de s’arrêter au monastère où il avait emprisonné Philippe. Il envoya son assistant et chef bourreau, Maliuta Skuratov, avec ses paroles : « Va chercher Philippe, qu’il vienne et nous bénisse. » Maliuta entra au monastère, et trouva Philippe en prière avec les autres moines.

Dans la gallerie des peintures de Troitse-Sergiev Posad, on trouve une peinture du 19ème siècle, représentant Philippe à genoux devant une icône. Il était décharné, l’air épuisé, mais serein dans sa foi en Dieu. En même temps, Maliuta Skuratov – ressemblant à la « grande faucheuse » dans son manteau noir – pénètre la scène. « Bénis-nous pour nos actes infâmes! », hurle-t’il. Philippe ne bouge pas. Enragé, Maliuta se jette sur Philippe et l’étrangle avec le coussin sur lequel Philippe était agenouillé. Abandonnant le corps dans l’église, Maliuta sortit et informa les moines : « Votre Philippe est mort d’empoisonnement. Enterrez-le! »

C’est ainsi que s’acheva la vie du métropolite Philippe. Yvan le Terrible mourrut peu après. Yvan mourrut jeune; il n’avait pas 60 ans. Il mourrut après avoir tué un de ses fils, en bas âge, et perdu la plupart de ses proches et amis. Il mourrut seul, dans un désespoir profond et amer. Son héritage n’est que sang et violence. Par contraste, Philippe fut canonisé par l’Eglise. Bien des siècles après, il demeure un grand exemple, ayant fait ce qui était juste, sans tenir compte des conséquences. La vie est courte. Si nous ne savons pas faire ce qui est juste en cette vie, à quoi bon penser à la vie future?

Nous savons tous que l’homme est faible, qu’il manque de la force pour accomplir son devoir ici sur terre. Mais nous nous souvenons des saints et nous leur demandons de prier et d’intercèder pour nous, auprès du Seigneur Jésus-Christ, afin qu’Il nous relève de nos cendres et fasse de nous des serviteurs de Sa vérité, par la force de Son amour. Amen.