DIOCÈSE D'EUROPE OCCIDENTALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
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Saint Jean Chrysostome, Archevêque de Constantinople

Publié le 18/02/2016

Saint Jean Chrysostome, Archevêque de Constantinople
Saint Jean Chrysostome, Archevêque de Constantinople

Cet astre radieux dans le firmament des Saints, cette colonne de l’Eglise et ce docteur de l’univers, vit le jour en 344 (ou plutôt 354) à Antioche de deux parents chrétiens: Secundus, qui était général d’armée, et Anthouse, une femme admirable de foi et de piété. Celle-ci resta veuve alors qu’elle avait à peine vingt ans, et au lieu de se remarier, préféra consacrer le reste de sa vie à Dieu et à l’éducation de son fils. Elle inspira à Jean l’amour de la chasteté et planta en lui les semences des vertus. Lui-même montrait d’ailleurs une nature ardente pour la piété et la défense de la justice, un zèle intrépide et un courage inébranlable. Sa mère lui donna une éducation soignée dans les lettres païennes auprès des meilleurs maîtres, dont le célèbre Libanius. Ses dons pour l’art oratoire étaient tels qu’on pensait faire de lui un brillant avocat, et Libanius désirait l’avoir comme successeur. Mais Jean ne se laissa pas disperser par les vanités du monde; baptisé à l’âge de dix-huit ans et fait Lecteur quelque temps plus tard, il se tourna dès lors vers la vraie Philosophie des Saints. Après son Baptême, personne ne l’entendit jamais plus prononcer ni injure, ni mensonge, ni médisance, ni même se complaire seulement dans la raillerie ou la critique de son prochain. Il se revêtit vraiment du Christ, en s’ornant de la parure des vertus par un combat intense et quotidien. A l’exemple de son ami Basile, avec lequel il partageait le même amour de Dieu, il abandonna toutes ses relations dans le monde pour se retirer dans la maison familiale et pratiquer l’ascèse. Très sévère envers lui-même, le jeune homme se livrait avec ardeur au jeûne, à la veille et à la prière, sans jamais se permettre aucune distraction. Il restait en permanence seul avec Dieu dans le silence, attentif à repousser les élans de la volupté comme de la colère. Il fit si bien qu’il acquit très tôt la capacité de prier sans distraction et de garder en toute circonstance une intelligence impassible et une douceur inébranlable. Quand, plus tard, il lui arrivait de s’emporter dans ses sermons, c’était toujours pour la correction de ses ouailles et sans jamais perdre la souveraine maîtrise de lui-même. Lorsqu’il parvint à l’âge de vingt-cinq ans, la réputation de sa vertu s’était déjà répandue et l’Evêque d’Antioche voulut le faire Prêtre, mais l’humble Jean, effrayé par la grandeur redoutable de cette fonction, préféra la fuite et, grâce à une sainte ruse, parvint à faire ordonner son ami Basile à sa place.

A la mort de sa mère, il put réaliser le désir qu’il avait depuis longtemps de renoncer totalement au monde et d’aller se retirer parmi les moines qui vivaient dans les montagnes des environs d’Antioche. Il vécut là sous la direction d’un ascète syrien, dans l’obéissance, la pauvreté absolue, le jeûne et la prière. Ces moines se levaient chaque jour vers minuit et priaient ensemble jusqu’au lever du soleil, puis chacun rentrait dans sa cellule pour passer, dans le silence, le reste du jour à d’humbles travaux ou à la méditation de la Sainte Ecriture. Ils ne prenaient pour toute nourriture qu’un peu de pain et de sel, après le coucher du soleil, puis s’entretenaient quelques instants de sujets spirituels avant de prendre un léger repos. Après quatre ans de ce mode de vie, dans lequel il se montrait un modèle pour ses frères, Jean décida de se retirer seul à seul avec Dieu dans une grotte. Il put se livrer là aux combats les plus acharnés pour soumettre la chair à l’esprit. Il passa toute cette période sans jamais s’asseoir pour dormir, mais prenait un peu de repos en se suspendant par les épaules à une corde accrochée au plafond. Il passait tout son temps à prier et à méditer l’Ecriture, dont il tira une connaissance d’une profondeur unique. Mais il s’exposa à de telles austérités dans le jeûne et le froid, qu’il tomba gravement malade des reins au bout d’un an et dut retourner à Antioche. Pendant cette brève période de sa vie monastique, Jean acquit une extraordinaire connaissance des choses divines et, malgré son jeune âge, il commença à enseigner par la rédaction de plusieurs traités sur la vie spirituelle.

Peu après son retour à Antioche (380), il fut ordonné Diacre par Saint Mélèce (cf. 12 février), puis, cinq ans plus tard, Prêtre par son successeur Flavien (386). Il fut reçut avec allégresse par le peuple et assuma pendant douze ans la véritable direction spirituelle de la grande métropole qui souffrait d’une déplorable situation ecclésiastique depuis déjà de nombreuses années. On raconte qu’au moment de son Ordination, certains virent une colombe blanche se poser sur sa tête, et de fait, la grâce du Saint Esprit qui le jour de la Pentecôte descendit sur les Apôtres sous la forme de langues de feu, habita désormais Jean et donna à sa parole la puissance du Feu divin. Son éloquence était si brillante qu’il réunissait la ville entière à chacun de ses sermons dans les différentes Eglises, et il déclenchait un si grand enthousiasme chez ses auditeurs qu’il était souvent interrompu par un tonnerre d’applaudissements. Ses paroles étaient semblables aux eaux abondantes du fleuve qui «réjouit la cité de Dieu» (Ps 45:5); elles pénétraient profondément dans les coeurs et élevaient les âmes vers Dieu et l’amour de la vertu. De tous les Pères, c’est Jean qui excella le plus dans l’éloquence, c’est pourquoi on prit bientôt comme de lui donner le nom de CHRYSOSTOME («Bouche d’or»). Sa prédication se fondait surtout sur la Sainte Ecriture, dont il avait laborieusement savouré le miel dans la solitude: Il aimait en expliquer le sens littéral et montrer l’unité du plan divin qu’elle révèle, en l’appliquant toujours à la vie chrétienne immédiate. Il contemplait l’abîme des Mystères Divins et sondait la richesse des dogmes, mais il savait montrer que ceux-ci trouvent leur rayonnement dans les saintes vertus; en particulier: l’aumône, la justice, l’humilité, la pénitence et la componction du coeur fondée sur la confiance en la grandeur infinie de la miséricorde de Dieu. C’est pourquoi on l’a souvent appelé le «Prédicateur de la Miséricorde» et l’«oeil éclairé de la pénitence». Mais il ne se contentait pas de la prédication, il organisait aussi la bienfaisance, dirigeait les cérémonies et les prières, s’occupait de chacun comme de sa propre âme, et arbitrait des affaires publiques, comme le renversement des statues de l’empereur Théodose par le peuple en révolte (387), qui, sans l’intervention du Saint, aurait entraîné de sanglantes répressions.

En 397, l’Archevêque de Constantinople Saint Nectaire (commémoré le 11 octobre) mourut et son siège vacant devint l’objet d’âpres convoitises, en particulier de la part de Théophile, l’Archevêque d’Alexandrie qui, jaloux de l’influence grandissante de la ville impériale, voulait y placer un de ses hommes de confiance, Isidore. Cependant la renommée de Jean avait largement dépassée les limites de la province d’Antioche et il paraissait comme le seul véritablement digne d’assumer cette charge. Sous la pression du premier ministre Eutrope, l’empereur Arcade le désigna comme Archevêque et le fit amener à Constantinople, grâce à un stratagème pour le mettre devant le fait accompli, car on savait bien que son humilité n’aurait jamais accepté une telle charge. Il fut intrônisé en février 398, par Théophile qui lui gardait une profonde rancune. Aussitôt devenu Evêque, Jean fit briller avec éclat son talent d’orateur et sa sainteté. Il prêchait partout et sans se lasser, réunissant des foules immenses qui l’écoutaient avec enthousiasme. Il montrait l’amour d’un père pour ses fidèles et leur parlait avec familiarité: se réjouissant de leur progrès dans la vertu et versant des larmes lorsque ses leçons restaient sans résultat. Etranger à une reconnaissance servile envers les grands de la cour qui avaient soutenu sa nomination, il s’attaqua sans tarder à l’excès de luxe, aux plaisirs, à la piété hypocrite des riches, sans toutefois jamais les accuser nommément. Il montra lui-même l’exemple de la pauvreté évangélique en retranchant tout le luxe attaché à la personne de l’Evêque. Il fit vendre des biens de l’Archevêché et des objets précieux pour en distribuer le produit aux pauvres et faire construire des hôpitaux et des hospices pour les étrangers. Il ne possédait rien en propre et s’était déchargé de tous les soucis liés aux invitations et aux dîners officiels: il mangeait toujours seul, juste de quoi soutenir son corps malade et décharné, et n’acceptait jamais d’invitation, afin de fuir les conversations mondaines. Il pratiquait par contre largement l’hospitalité, visitait lui-même les malades et les prisonniers, assistait les pauvres et les nécessiteux. Pour éviter les jeux et les spectacles corrupteurs des âmes, il organisa des processions et des psalmodies qui retentissaient dans la ville dès le matin et jusque dans la nuit. On célébrait en effet souvent des Vigiles pour que ceux qui travaillaient le jour puissent venir prier dans la calme de la nuit. Jean exhortait d’ailleurs chacun à interrompre son sommeil pour consacrer quelque temps à la prière. C’est alors qu’il composa les prières de la Sainte Liturgie que nous célébrons de nos jours. Lorsqu’il célébrait, il voyait souvent descendre du ciel une multitude d’Anges qui venaient entourer l’Autel. Malgré toutes ses tâches pastorales, sa première occupation restait la contemplation et la méditation de la Sainte Ecriture. Il en était si absorbé qu’il oubliait souvent de prendre nourriture et repos. Une nuit, son disciple qui le servait, l’observa en secret dans sa cellule et vit que Saint Paul en personne se tenait à ses côtés et lui dictait le commentaire de ses Epîtres. Le zèle de Jean pour la vertu s’étendait à tout son entourage et il s’employa avec énergie à redresser les moeurs du Clergé et à faire excommunier certains Evêques simoniaques. Il montrait un grand souci pour les missions et l’extension de l’Evangile auprès des barbares: en particulier des Goths, auxquels il donna une église à Constantinople.

Or toute cette activité et cette résolution de réformer les moeurs attirèrent bientôt de nombreuses hostilités au Saint Evêque, de la part de certaines nobles dévotes et d’Evêques mondains, qui exploitèrent tous les prétextes pour le calomnier. Théophile d’Alexandrie profita lui aussi de ces rumeurs et de la protection qu’avait accordée Jean à certains moines origénistes qui s’étaient enfui de Nitrie, pour l’accuser et tenter de le faire déposer par un concile composé seulement de ses partisans (Concile du Chêne, 403). Au lieu de répondre aux accusations grossièrement mensongères et aux intrigues de cour, Jean préféra imiter le Christ, son Maître, qui garda le silence devant ses accusateurs et se livra à la Passion comme une brebis à l’abattoir. Il se laissa donc condamner et déposer, et, bien que le peuple fût prêt à se soulever pour défendre son pasteur bien-aimé, il se livra luimême aux soldats qui le conduisirent en exil en Bithynie. Mais sitôt le départ du Saint, un tremblement de terre se déclencha dans la capitale, suivi d’autres catastrophes qui firent comprendre sa faute à l’impératrice Eudoxie et lui firent rappeler Jean dans l’enthousiasme populaire.

De retour sur son siège, Jean n’en était pas pour autant prêt à faire des compromis. Il garda une bonne entente avec l’impératrice pendant seulement quelques mois; jusqu’à ce que celle-ci fasse inaugurer une statue en son honneur au milieu des fêtes et des manifestations tumultueuses qui troublèrent les offices de l’Eglise et entraînèrent le blâme de Saint Jean. Les intrigants profitèrent de ce retournement de la faveur impériale pour passer une nouvelle fois à l’attaque: Théophile et les siens réussirent à convaincre l’empereur de ne pas assister aux cérémonies de Pâques présidées par Jean (404), sous prétexte de l’illégalité de sa position. Arcade fit expulser l’Evêque de son Eglise et donna l’ordre de chasser le Clergé resté fidèle au Saint et les fidèles des Eglises, au moment même où l’on célébrait les Baptêmes, le Samedi Saint, de sorte que le sang coula jusque dans les piscines baptismales. Les troubles se prolongèrent les jours qui suivirent Pâques. Jean restait enfermé dans son palais, étroitement surveillé par les soldats. Finalement, quelques jours après la Pentecôte, malgré les craintes d’Eudoxie de voir se renouveler les catastrophes de son précédent départ, l’empereur se décida à ordonner l’exil de Jean. Il se livra lui même, mais le peuple amassé autour de Sainte Sophie s’agita, des bagarres éclatèrent et le feu se déclencha, détruisant une grande partie de la cathédrale et du palais du sénat. On ne manqua pas d’en accuser les partisans du Saint et d’en prendre prétexte pour les poursuivre et les persécuter avec haine.

Pendant ce temps, Jean subissait toutes les rigueurs d’un âpre exil. D’abord conduit à Nicée, il fut transporté jusqu’à Cucuse (petite Arménie), où il souffrit des rigueurs du climat, de la famine, des incursions des barbares, de l’isolement. Mais inébranlable dans son courage et son espérance, il ne cessait cependant de réconforter par une abondante correspondance ceux qui souffraient exil et persécution à cause de lui. Sa situation éveilla l’intérêt du pape de Rome, Innocent, qui essaya de le soutenir, mais sans succès. Comme sa seule présence était pour ses ennemis une condamnation, ils entreprirent de le faire transférer dans un lieu encore plus inhospitalier, sur les bords de la Mer Noire, au pied du Caucase. Sans égard pour son âge et ses infirmités, on obligea le Saint Evêque à marcher par tous les temps à travers de durs chemins. Au bout de trois mois, ils atteignirent la ville de Comane dans le Pont et s’arrêtèrent près d’une chapelle consacrée au Martyr local, Basiliscus. Pendant la nuit, alors que Jean priait, malgré son extrême épuisement, le Saint lui apparut et lui dit: «Bon courage, mon frère Jean; demain nous seront réunis». Au matin, il demanda des vêtements blancs, communia aux Saints Mystères et rendit à Dieu son âme, en disant: «Gloire à Dieu pour toutes choses!» (14 septembre 407).

L’Eglise de Constantinople souffrit encore pour bien des années du schisme: les disciples de Jean ne reconnaissant pas ses remplaçants installés par l’empereur. La paix une fois revenue et la Sainteté de Jean reconnue unanimement, on ramena en triomphe ses Saintes Reliques vers la capitale (438).