DIOCÈSE D'EUROPE OCCIDENTALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
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Saint Grégoire de Rome

Publié le 07/02/2016

Saint Grégoire de Rome
Saint Grégoire de Rome

Grégoire est né à Rome vers 540, au moment de la reconquête de l’Italie par Justinien, d’une famille chrétienne et patricienne, de la branche Anicia. Son père, le sénateur Gordien, est administrateur d’un des sept arrondissements de Rome. Deux de ses sœurs sont honorées saintes (Tharsilla et Æmiliane), et il avait parmi ses ancêtres le pape Félix III. Sa mère, Sylvie, est elle aussi honorée sainte.

Il est éduqué dans le climat de renouveau culturel suscité en Italie par la Pragmatica sanctio, et excelle, « selon le témoignage de Grégoire de Tours, dans l’étude de la grammaire, de la dialectique et de la rhétorique ». En 572, il est nommé préfet de la ville, ce qui lui permet de s’initier à l’administration publique, et devient ainsi le premier magistrat de Rome. Il utilise ses aptitudes pour réorganiser le patrimoine de Saint-Pierre. En 574, il souscrit à l’acte par lequel Laurent, évêque de Milan, reconnaît la condamnation des « Trois Chapitres » par le IIe Concile de Constantinople de 553.

Vers 574-575, il adopte la vie monastique et transforme en monastère dédié à saint André la demeure familiale située sur le mont Cælius. Il nomme pour abbé le moine Valentien. On ne sait pas si Grégoire assuma personnellement la direction de la communauté. Ayant hérité de grandes richesses à la mort de son père, il fonde aussi six monastères en Sicile. On ne sait pas si Grégoire et ses moines adoptèrent la règle de saint Benoît, mais « on ne saurait cependant douter de l’harmonie fondamentale existant entre l’idéal monastique de Benoît et celle du grand pontife. »

Grégoire est ordonné diacre par le pape Pélage II (ou peut-être par Benoît Ier, mais c’est moins probable) avant d’être envoyé à Constantinople comme apocrisiaire (ambassadeur permanent, ou nonce). Il s’y rend accompagné de quelques frères, et y résidera jusqu’à la fin de 585 ou le début de 586, « sans songer, d’ailleurs, à apprendre le grec ni à s’initier à la théologie orientale ». Il se plaint d’ailleurs de trouver difficilement des interprètes à Constantinople, capables de traduire en grec des documents latins. Cela montre combien le fossé entre la culture orientale et latine de la chrétienté est déjà grand.

C’est là qu’il rédigea sa plus importante œuvre exégétique, l’Expositio in Job. Il se fit aussi remarquer par une controverse avec Eutychius, le patriarche de Constantinople, à propos de la résurrection des corps. En effet, Grégoire défendait la thèse traditionnelle de l’Église sur la résurrection des corps, tandis qu’Eutychius « appliquait au dogme catholique le principe de l’hylémorphisme aristotélicien ».

À la demande du pape, Grégoire attira aussi l’attention de l’empereur Byzantin Maurice sur l’invasion lombarde en Italie.

De retour à Rome, il reprit la vie monastique. Il joua aussi le rôle de secrétaire et conseiller de Pélage II. À ce titre, il rédige l’Épître III de Pélage, où il soutient la légitimité de la condamnation des Trois Chapitres par le concile de Constantinople de 553.

Pélage II meurt de la peste le 7 février 590.

Grégoire « est élu pape par l’acclamation unanime du clergé et du peuple ». Il essaie de se dérober, faisant même appel à l’empereur, mais c’est en vain. Il est consacré pape à Saint-Pierre, le 3 septembre 590. Cet épisode est raconté dans la Légende dorée.

Au même moment, meurt le roi des Lombards Authari. Agilulf, arien, lui succède et conformément à la coutume, il épouse la veuve de son prédécesseur Théodelinde de Bavière. Celle-ci se révélera une alliée influente du nouveau pape et amènera le roi au catholicisme.

Grégoire Ier est le premier Pape a être considéré par l’Orient avec respect. Dès après la fondation de Constantinople au début du IVe siècle, le monde byzantin verra se succéder les hérésiarque au siège patriarcal de Constantinople et fera obstruction à la primauté de juridiction romaine, primauté dont témoignent les Pères de l’Église et les Conciles œcuméniques, bien que des actes factices et des idées reçues circulent toujours. « Là ou est Pierre, là est l’Église » disait Saint Ambroise ; cette formule est bien illustré par le fait que Saint Grégoire le Grand, força le respect des grecs, qui méprisaient de plus en plus le monde latin, ignorant sa langue, son histoire ; il a montré qu’il était l’Église, ne serait-ce que par sa production littéraire appréciée par les Orientaux. Aussi saint Grégoire Ier est-il vénéré par l’Église orthodoxe. L’influence de « l’Évêque des Évêques » (Saint Cyprien de Carthage, ép. CXXV, compte rendu à saint Étienne Ier), Depuis l’invasion des Lombards surtout, les papes ont à lutter avec des difficultés et des périls auxquels ils ne parviennent à parer qu’à force d’énergie, alors que les empereurs byzantines refuseront pendant des siècles de les aider. L’empereur, absorbé par la défense des frontières de Syrie et du Danube, leur laisse le soin de résister à ces nouveaux ennemis qui s’acharnent à la conquête de Rome. L’empereur byzantin leur laisse ce soin et quand il peut aider Rome, il répond négativement aux appels à l’aide. Tout au plus envoie-t-il de temps en temps quelques troupes et des subsides également insuffisants.

Le pontificat de Grégoire Ier se déroule donc, comme on l’a vu, dans un contexte fort difficile. En outre, la ville est ravagée par la peste, le Tibre déborde. Il doit donc à la fois veiller à rassurer les fidèles (certains croient que la fin du monde est arrivée) et utiliser ses talents d’administrateur pour veiller au ravitaillement de la ville. Dans l’ensemble de son pontificat, on notera une importante réforme administrative à l’avantage des populations rurales, ainsi que la restructuration du patrimoine de toutes les églises d’Occident, afin d’en faire « des témoins de la pauvreté évangélique et des instruments de défense et de protection du monde agricole contre toute forme d’injustice publique ou privée. ». Ses lettres nous le montrent appliqué à restaurer le patrimoine de Saint Pierre, c’est-à-dire l’immense domaine foncier de l’Église de Rome, éparpillé à travers l’Italie, les côtes d’Illyrie et la Sicile, et que les désordres des invasions avaient démembré, ruiné et désorganisé. On l’y voit revendiquer les terres aliénées ou envahies, nommer des intendants, leur tracer les règles à suivre, leur imposer les mesures nécessaires pour la perception et la centralisation des revenus. En quelques années, la papauté se trouve en possession d’un revenu régulier et de ressources abondantes. Elle était devenue une des premières puissances financières de l’Occident chrétien. Enfin, il associe les moines à l’action pontificale, non seulement en fondant de nouveaux monastères dans la ville éternelle, mais également en octroyant à quantité d’entre eux des privilèges d’exemption qui les placent directement sous l’autorité du Saint Siège.

Durant son pontificat, Grégoire adopte une « attitude d’attente et de négociation avec les Lombards ». Non satisfait des mesures prises par l’empereur Maurice (« J’attends plus de la miséricorde de Jésus de qui vient la justice que de votre piété », écrit-il à l’empereur), il prend lui-même les choses en main, en signant en 595 une trêve avec Agilulf. En 598, il favorise une nouvelle trêve, entre l’exarque Callinicus et le roi lombard. Maurice trouve ce comportement « prétentieux ». Grégoire se défend en argumentant : « Si j’avais voulu me prêter à la destruction des Lombards lorsque j’étais apocrisiaire à Constantinople, ce peuple n’aurait plus aujourd’hui ni roi, ni comtes ; il serait en proie à une irrémédiable confusion ; mais, comme je crains Dieu, je n’ai voulu me prêter à la perte de qui que ce soit ». Grâce à ses contacts avec Théodelinde, la reine franque des Lombards, un mouvement progressif de conversions s’amorça parmi ceux-ci.

Le geste le plus important de Grégoire Ier par rapport à l’évangélisation est l’envoi en mission, en 596, de saint Augustin de Cantorbéry, accompagné de quarante moines du monastère du mont Cælius, afin de restaurer le christianisme en Grande-Bretagne. En effet, sous l’empire, la Bretagne avait été quelque peu christianisée, mais les Saxons avaient envahi l’île et repoussé vers l’ouest les chrétiens bretons. Grégoire fait aussi acheter de jeunes esclaves anglais pour les faire élever dans des monastères. Le grand historien Edward Gibbon dira : « César avait eu besoin de six légions pour conquérir la Grande-Bretagne. Grégoire y réussit avec quarante moines ». Dans une lettre adressée à un missionnaire en partance pour la Grande-Bretagne païenne, en 601, Grégoire Ier donnait cet ordre : « Les temples abritant les idoles dudit pays ne seront pas détruits ; seules les idoles se trouvant à l’intérieur le seront […]. Si lesdits temples sont en bon état, il conviendra de remplacer le culte des démons par le service du vrai Dieu ». Augustin devint le premier archevêque de Cantorbéry. (voir aussi Christianisme irlandais). Considérée par le grand historien médiéval Henri Pirenne comme « un chef-d’œuvre de tact, de raison et de méthode », la conversion de l’Angleterre repose sur des consignes prudentes et réfléchies. Les missionnaires n’arrivent dans le pays qu’après en avoir étudié la langue, les mœurs et la religion. Ils se gardent de heurter les préjugés, de rechercher des succès trop rapides ou d’ambitionner le martyre. Ils gagnent la confiance avant de gagner les âmes. Au bout de 60 ans, les Anglo-Saxons étaient non seulement devenus chrétiens, mais ils l’étaient au point de fournir à l’Église des missionnaires dignes de ceux qui les avaient convertis, tel Saint-Boniface qui entreprendra au début du viiie siècle l’évangélisation de la Germanie païenne d’au delà du Rhin.

La conversion de l’Angleterre marque une étape décisive dans l’histoire de la papauté. Fondation directe du Pape, l’Église anglo-saxonne se trouve placée dès le début sous l’obédience immédiate et la direction de Rome. Elle n’a rien d’une Église nationale ; elle est apostolique dans toute la force du terme. Et l’Église d’outre-Rhin, qu’elle va organiser, recevra d’elle le même caractère. Mal aimée en Orient, l’Église catholique se tourne vers l’Europe du Nord pour convertir les peuples. Byzance mène aussi des missions d’évangélisation, notamment chez les slaves, cependant elles sont moins importantes.

Grégoire Ier meurt le 12 mars 604 et est inhumé au niveau du portique de l’Église Saint-Pierre de Rome. Cinquante ans plus tard, ses restes furent transférés sous un autel, qui lui fut dédié, à l’intérieur de la basilique, ce qui officialisa sa sainteté.