DIOCÈSE D'EUROPE OCCIDENTALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
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Jeûne des Apôtres

Lune Gibbeuse Croissante Lune Gibbeuse Croissante

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Saint Apôtre Jude, frère du Seigneur

Saint Apôtre Jude, frère du Seigneur

Membre du collège des Douze, le Saint Apôtre Jude était de la lignée de David et de Salomon. Il naquit à Nazareth en Galilée. Son saint père, Joseph, devint par la suite le « fiancé » de la Toute-Pure Vierge Marie. Sa mère s’appelait Salomée, non pas la Salomée de Bethléem, mais la fille d’Aggée, fils de Barachie, frère de Zacharie. Elle fut l’épouse de Joseph selon la Loi et lui donna quatre fils, que l’Evangile de Matthieu cite par leurs noms : Jacques, Joseph, Simon et Jude. Saint Jude était donc le frère de Jacques, celui qu’on a coutume d’appeler frère du Seigneur.

Par humilité, Jude se jugeait indigne d’être appelé frère du Seigneur selon la chair car, au début, il avait péché contre Lui, par ignorance, manque de foi, et inimitié fraternelle. Saint Jean fait ouvertement mention de ce manque de foi en disant : « Ses frères non plus ne croyaient pas en Lui ». Commentant ce passage, Saint Théophylacte de Bulgarie remarque : « Les fils de Joseph, Ses frères, L’outragèrent. D’où leur venait un tel manque de foi ? De l’envie, et tout à fait délibérément... Les membres d’une même famille n’ont-ils pas souvent la mauvaise habitude d’envier les leurs, davantage que les étrangers ? ».

Mais Jude pécha aussi par inimitié fraternelle, comme le rapporte la vie de Jacques, frère du Seigneur. En effet, quand Joseph revint d’Egypte, il partagea ses terres entre les fils qu’il avait eus de sa première épouse. Mais il voulut également octroyer une part au Seigneur Jésus-Christ, enfanté sans corruption par la Vierge Toute-Pure, d’une manière qui dépasse la nature. Au moment du partage, l’Enfant était encore tout petit, et les fils de Joseph ne voulurent pas accepter le tirage au sort, prétextant que Jésus était né d’une autre mère. Seul Jacques accepta de partager son héritage avec Jésus, faisant de Lui une sorte de cohéritier. C’est pour cette raison qu’il reçut, de façon exclusive, le titre de frère du Seigneur. Saint Jude, qui connaissait son péché passé, n’osait donc pas se présenter sous ce titre, et c’est seulement comme frère de Jacques qu’il parle de lui-même dans son épître : « Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques ».

En outre, le Saint Apôtre Jude est connu par ses surnoms : l’Evangéliste Matthieu l’appelle Lévi et Thaddée. Ces noms ne sont pas sans révéler des mystères particuliers que nous dévoilerons partiellement ici.

Lévi signifie uni, du coeur, et également du lion. Saint Jude fut surnommé Lévi car, après avoir péché par méconnaissance, il reconnut que Jésus était véritablement le Messie, s’unit à Lui par un amour venant droit du coeur, et oeuvra pour Lui avec le courage du lion. Il mérite donc qu’on lui applique les paroles destinées jadis à l’antique Juda, fils de Jacob et ancêtre du Christ : « Juda, tu recevras les hommages de tes frères, ta main sera sur la nuque de tes ennemis, les fils de ton père se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion, il s’est accroupi et couché comme un lion » (Gen.49,8-9).
Thaddée signifie qui glorifie et qui confesse, ou encore, mamelles de lait. Saint Jude fut donc appelé Thaddée car, en louant et en confessant le Christ Dieu, il nourrit de ses enseignements apostoliques, comme à la mamelle, ceux qui étaient des petits enfants dans la foi, les membres de l’Église primitive.

Certains pensent que c’est Saint Jude que les Actes des Apôtres nomment Barsabas quand ils disent : « Alors les Apôtres et les anciens, d’accord avec l’Église tout entière, décidèrent de choisir quelques-uns d’entre eux et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabé. Ce furent Jude, surnommé Barsabas et Silas, hommes considérés parmi les frères » (Act.15, 22). Barsabas signifie fils de la conversion. Jude reçut ce nom pour être retourné au Christ par le repentir, après avoir péché contre Lui. Il fit preuve d’un grand amendement, de foi et d’amour. Après avoir douté, il crut au Christ et devint Son Apôtre et Son prédicateur. Après avoir péché contre le Christ par inimitié, il L’aima tellement qu’il Lui offrit sa vie. Il montra pour Lui une grande ferveur et voulut que le monde entier Le reconnût comme le Vrai Dieu, crût en Lui, L’aimât et trouvât le salut. L’Evangile rapporte cette fougue dans l’entretien du Seigneur avec Ses disciples (Jn.14,21) : « Celui qui M’aime sera aimé de Mon Père, Je l’aimerai, et Je me manifesterai à lui. Jude, non pas l’Iscariote, lui dit : Seigneur, d’où vient que Tu doives Te manifester à nous et non pas au monde », pourquoi ne pas montrer Ton salut à tout le genre humain afin que tous Te connaissent, t’aiment ardemment, Te servent fidèlement et Te glorifient dans les siècles, Toi, le Créateur et le Sauveur ?

itons à présent Nicéphore, l’historien de l’Église, afin de découvrir dans quels pays le Saint Apôtre Jude prêcha le Seigneur après l’Ascension : « Le divin Jude, non pas l’Iscariote mais celui qui était aussi appelé Thaddée et Lévi, le frère de Jacques, lança du pont de l’Église les filets de l’Évangile, dans lesquels il attrapa d’abord la Judée, la Galilée, la Samarie et l’Idumée, et ensuite des villes d’Arabie, de Syrie et de Mésopotamie. Il partit ensuite pour Edesse, ville du roi Abgar, où un autre Thaddée, membre des Soixante-Dix, avait prêché avant lui, et compléta ce qui manquait encore à la prédication ». On sait également que Saint Jude prêcha la Parole du salut en Perse.

Le Saint Apôtre Jude écrivit une épître catholique en grec. Cette épître, bien que brève, renferme une grande sagesse. Son enseignement très utile est en partie dogmatique, certains passages abordant les Mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation du Christ, les différences entre les bons et les mauvais anges, et le Terrible Jugement à venir. D’autres passages, d’un caractère plus moral, exhortent à éviter l’inique impureté charnelle, les blasphèmes, la désobéissance, l’envie, la haine, la malignité et le mensonge. Ils nous incitent à demeurer constants dans la foi, la prière et l’amour, à se préoccuper de la conversion des égarés, à se garder des hérétiques. Les moeurs des hérétiques, nuisibles pour l’âme, doivent être clairement dénoncées. Leur perte doit être placée sur le même plan que celle de Sodome. L’épître de Saint Jude témoigne encore du fait que quitter l’incroyance païenne et prendre part à la sainte foi ne suffisent pas pour obtenir le salut : encore faut-il que chacun accomplisse les bonnes oeuvres qui conviennent à son état. L’Apôtre prend comme exemple les anges et les hommes châtiés jadis par Dieu. Il rappelle que le Seigneur a lié dans les chaînes des ténèbres éternelles les anges réprouvés, et qu’Il les garde désormais en vue du jugement, eux qui se sont rendus coupables de ne pas garder leur rang. Il a également fait périr au désert les hommes qu’Il avait arrachés à l’Egypte, parce qu’ils n’ont quitté la voie juste que pour se livrer à la débauche. Que de grandes choses dans cette brève épître de Saint Jude !

Par la suite, l’Apôtre supporta de grands maux en travaillant ardemment à prêcher le Christ à travers de nombreux pays, faisant naître la foi, baptisant les peuples, et les éduquant en vue du salut.

Au mont Ararat, il mena une multitude de gens au Christ après les avoir détournés du leurre du paganisme. Mais il fut capturé par des sacrificateurs païens qui le torturèrent longuement en le suspendant à une croix. C’est ainsi que, transpercé par les flèches des impies, il termina sa course et partit recevoir du Christ notre Dieu couronne et rétribution éternelle dans le ciel.

Par les prières de Ton saint Apôtre, Seigneur Jésus Christ, aie pitié de nous et sauve nous.

PRIÈRE DE SUPPLICATION
(Saint Éphrem le Syrien)

Jusques à quand perdrai-je la tête ? Quand donc reviendrai-je à moi-même et demanderai-je au Seigneur de m’accorder un repentir véritable, sans retour au péché ? Sur qui compterai-je si je continue à provoquer la colère de mon Créateur ? Combien de temps m’obstinerai-je encore dans la méchanceté, en reniant la grâce de mon Protecteur ?

Il est maintenant de mon devoir de fuir le diable et ses oeuvres mauvaises et répugnantes, car il déteste les hommes, il les tue depuis toujours, et n’a même pas de pitié pour ceux qui lui obéissent : au contraire, il les conduit vers la perdition. Il est de mon devoir de chercher refuge auprès du Dieu vivant et éternel, qui compatit pour les fils des hommes. Il est de mon devoir de suivre le chemin du salut, d’avoir confiance en Celui qui m’a créé, et de ne pas désespérer, car mon Créateur est plein de miséricorde, de compassion et de bonté.

Si d’aventure l’ennemi me blesse, ô Seigneur, guéris Toi-même mon infirmité par Ta mansuétude, et arrache-moi à ses mains, afin qu’il ne fasse pas de moi la pâture des oiseaux et le banquet des fauves ! Je me prosterne devant Ta droite, ô Roi de gloire, je confesse devant Toi mes péchés, mes iniquités et mes transgressions ! Ô, Toi qui sais tout et qui scrutes les reins et les coeurs, pardonne, dans Ta grande compassion, tous les péchés que j’ai commis contre Toi ! Rien ne peut m’empêcher de pénétrer en Ta présence, aucune porte ne peut m’interdire de me présenter devant Ta droite, pas un obstacle ne peut repousser ma venue près de Toi, car en tout temps, Tu reçois celui qui vient à Toi ! Tu es l’Ami des hommes et Tu veux que tous soient sauvés et arrivent à la connaissance de la Vérité. Tu es l’Ami des hommes et Tu ignores la rancune, bien que Tu saches ce que renferme la conscience de celui qui se repent devant Toi. Avant même qu’il n’ouvre la bouche, Tu lui dis : demande et tu recevras, cherche et tu trouveras, frappe et on t’ouvrira, quitte le péché et repens-toi avec franchise et tu seras reçu chez Moi comme les prophètes !

Ô Seigneur ! A peine parles-Tu que la chose est faite ! Sur Ton ordre, le paralytique s’est levé, a saisi son grabat et s’en est retourné chez lui. Tu as demandé au lépreux s’il voulait être purifié, il a répondu « oui, Maître, je le veux ! », et, aussitôt, Tu l’as purifié de sa lèpre. Tu as rappelé Lazare du tombeau, lui qui était mort depuis quatre jours, et il est sorti vivant. Tu as dit à la pécheresse « tes péchés te sont pardonnés ! », et elle est sortie pure d’entre Tes mains.

Ô Seigneur, Toi si tendre, miséricordieux, compatissant et tout-puissant, Toi qui pardonnes, j’ai péché contre le ciel, contre la terre et contre Toi, je ne suis pas digne de me tenir en Ta présence et d’être appelé Ton serviteur, mes lèvres pécheresses sont indignes de prononcer Ton Nom glorieux, puisqu’elles ont suscité Ta colère à plusieurs reprises ! Ô Seigneur ! Je T’implore de ne pas me repousser loin de Ta face, je Te supplie de ne pas T’éloigner de moi, de peur que je ne périsse, car Toi seul es mon aide et mon soutien ! Si Ta main ne m’avait retenu, j’aurais déjà péri depuis longtemps, je serais devenu comme la poussière qu’emporte le vent, comme celui qui n’a jamais connu ce monde dans lequel je n’ai pas vécu un seul moment paisible depuis que j’ai quitté Ton chemin ! J’implore désormais Ta miséricorde et Ton aide : assiste-moi dans ma quête du salut ! Prosterné devant Toi, tendu vers Ton soutien, moi le prodigue, j’ai dévié de la voie droite. Verse sur moi l’abondance de Ta compassion, comme sur les justes de jadis, car j’ai dissipé le trésor de Ta grâce par ma conduite pervertie ! Aie pitié de moi, ô Dieu, ne Te mets pas en colère contre moi à cause de mes mauvaises actions, puisque jadis Tu as daigné retenir Ta colère contre la prostituée et le publicain ! Aie pitié de moi comme jadis, Tu as eu pitié du larron qui désespérait de tout, mais que Tu as soutenu, purifié et placé dans le Paradis ! Pardonne au pauvre que je suis, qui a péché plus qu’eux tous ! Eux sont revenus à Toi pour toujours, sans regarder en arrière, et ont fait vraiment pénitence. Mais moi, stupide, j’ai agi comme le chien qui vomit et retourne à son vomissement.

Ô Seigneur, je demande maintenant Ton pardon. Puisque Tu reçois les pénitents, accorde-moi un véritable repentir, car j’ai presque succombé sous l’emprise du péché. Seigneur, Tu n’es pas venu appeler les justes mais les pécheurs au repentir ! Regarde-moi, Toi qui guides ceux qui sont perdus et illumines ceux qui sont dans les ténèbres, et accorde au perdu que je suis une vie irréprochable ! Relève-moi, ô Juste Juge, et assieds-moi à Ta droite le jour du Jugement, car à Toi convient la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Saint Jean de Shanghai

Saint Jean de Shanghai

Saint Jean naquit le 4 juin 1896 en la propriété de campagne de ses parents, Boris Ivanovitch Maximovitch et Glaphire Mikhailovna, en la petite ville d'Adamovka, la province de Kharkov en Ukraine. Au baptême, l'enfant fut mis sous la protection du saint archange Michel, dont il reçut le prénom. Ses parents étaient d'ascendance serbe.

L'un de ses ancêtres fut saint Jean, métropolite de Tobolsk, ascète, missionnaire et auteur de diverses oeuvres spirituelles, qui vécut en la première moitié du dix-huitième siècle et fut canonisé en 1916.

Après ses études primaires, Michel Maximovitch s'inscrivit à l'Académie militaire de Poltava. Ses relations avec ses condisciples étaient bonnes, mais il ressentait que sa voie était ailleurs. Il eut des contacts très instructifs avec le recteur du séminaire de cette ville, l'archimandrite Varlaam, et avec l'aumônier de l'Académie, l'archiprêtre Serge Chetverikov, qui écrit des ouvrages sur saint Païssi Vélitchkovsky, et sur les startsi d'Optino. Le jour même où Michel Maximovitch termina ses études à l'académie militaire, l'archevêque Antoine Khrapovitsky fut intronisé évêque de Kharkov. Plus tard, il deviendra métropolite de Kiev et de Galitch. Il entendit parler du jeune Michel Maximovitch, et désira le rencontrer. Ce fut à Khrarkov que l'archevêque Antoine devint le père spirituel de Michel, une relation qui continuera pendant toute la vie de l'archevêque.

Michel fit des études de droit à Kharkov, études qu'il termina en 1918. La Révolution russe de 1917 contraignit la famille Maximovitch à fuir la Russie et à se réfugier en Yougoslavie. Michel commença ses études théologiques à l'université saint Sava. Il termina en 1925 et fut tonsuré lecteur par le métropolite Antoine à Belgrade. L'année suivante, Michel devint moine au monastère de Milkovo, où il reçut le nom de Jean, en l'honneur de son parent éloigné, saint Jean de Tobolsk, récemment canonisé. Peu après, le moine Jean devint hiérodiacre puis hiéromoine. Il fut ensuite aumônier de la Haute École d'État serbe, et en 1929 il devint professeur au séminaire serbe Saint Jean le Théologien, situé en la ville de Bitol.

Le père Jean avait d'excellentes relations avec ses étudiants, et ce fut à Bitol que l'on commença à remarquer la ferveur de son mode de vie. Il priait continuellement, célébrait quotidiennement la Divine Liturgie, ou du moins y assistait et communiait aux Saints Mystères, il jeûnait strictement et généralement ne prenait qu'un seul repas, tard dans la soirée. Avec un grand amour paternel, le père Jean inspira aux étudiants du séminaire la recherche ardente d'idéaux spirituels. Ils finirent par découvrir ses exploits ascétiques, s'apercevant par exemple qu'il ne s'allongeait jamais pour le sommeil. Lorsqu'il s'assoupissait, il ne le faisait que sous le poids de l'épuisement, souvent en position de prosternation devant le coin des icônes.
L'évêque Nicolas Velimirovitch appréciait et aimait le jeune hiéromoine Jean. Un jour, lorsqu'il dut s'absenter du séminaire, il recommanda le père Jean au petit groupe de séminaristes, en disant : « Mes enfants, écoutez le père Jean. C'est un ange de Dieu, sous la forme d'un être humain ». Les séminaristes eux-mêmes étaient convaincus du fait que le père Jean menait une vie angélique. Sa patience et son humilité pouvait se comparer à celle des grands ascètes et des ermites du désert. Il revivait les événements des Évangiles, comme s'ils se passaient devant ses yeux. Il connaissait précisément le caractère et les habitudes de chaque étudiant, et pouvait aisément évaluer le niveau de connaissances de chacun. Malgré un léger bégaiement, les réponses qu'il donnait à ses étudiants étaient toujours concises, claires et complètes.

Pendant la première semaine du Grand Carême, le père Jean ne mangeait rien de plus qu'une prosphore par jour, et poursuivait ce jeûne pendant la Semaine Sainte. Le Samedi Saint, son corps était totalement épuisé. Mais le jour de la sainte Résurrection du Seigneur, il revivait et retrouvait toutes ses forces. Aux matines pascales, il s'exclamait triomphalement : « Christ est ressuscité ! » Sa figure resplendissait et la joie pascale qui émanait de lui était ressentie par chacun de ceux qui étaient présents dans líéglise.

En 1934, le Synode des évêques de l'Église russe hors-frontières décida díélever le hiéromoine Jean au rang d'évêque, en tant qu'évêque-vicaire à Shanghai pour le diocèse de Chine. Pour le père Jean, c'était un événement absolument imprévu. Cela apparaît bien dans le témoignage d'une personne qui le connaissait en Yougoslavie. Elle le rencontra un jour en tramway, à Belgrade, et lui demanda ce qui l'avait amené à venir en cette ville ? Il lui répondit qu'il était venu à Belgrade, parce qu'il avait reçu par erreur une lettre qui était destinée à un autre hiéromoine Jean, lettre qui annonçait à cet hiéromoine Jean qu'il allait être consacré évêque. Le jour suivant, elle le rencontra à nouveau, et lui demanda des nouvelles, concernant cette lettre. Il lui répondit que líerreur était pire que ce à quoi il s'attendait, car il s'avéra que c'était lui qu'on avait décidé de consacrer évêque ! Lorsqu'il présenta ses objections, disant qu'il pouvait difficilement assumer le rôle d'évêque, avec son bégaiement, on lui répondit que le prophète Moïse avait éprouvé les mêmes difficultés...

La consécration fut célébrée le 28 mai 1934 par le métropolite Antoine, qui parlait de l'évêque Jean en ces termes : « Nous, nous nous mettons en prière ; lui, il ne se met jamais en prière parce qu'il est prière ! » En envoyant Mgr Jean à Shanghai, Mgr Antoine écrivait à son sujet au métropolite de cette ville : « Je vous envoie un évêque dont l'âme est celle díun enfant ; il est petit, tout petit [il était de petite taille] comme un bébé, mais sa prière perce les cieux ».

Le jeune évêque arriva à Shanghai le 21 novembre 1935, la fête de l'Entrée au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu. Monseigneur Jean assuma immédiatement ses responsabilités et devint rapidement une personne en vue à Shanghai. Il devait résoudre des conflits juridictionnels, et achever la construction díune grande cathédrale. L'évêque Jean réussit à réconcilier les gens, et tissa un réseau de contacts avec les Serbes, les Grecs et les Ukrainiens de son diocèse. Il parvint à mener à terme la construction de la cathédrale, ainsi que d'un bâtiment de trois étages et díun clocher. Il apporta une attention toute particulière à líéducation spirituelle des enfants. Il fut l'inspirateur pour la construction d'églises, d'un hôpital, d'un asile pour les malades mentaux, d'un orphelinat et d'un local communautaire - en un mot, pour toutes les úuvres sociales de la communauté russe à Shanghai.

Il restait pourtant étranger au monde, tout en participant au fleuve des affaires profanes. A partir du premier jour de son arrivée à Shanghai, il continua à célébrer la Divine Liturgie quotidiennement, comme il le faisait auparavant. Où qu'il soit, il était toujours présent à l'office divin. Après la Liturgie, líévêque restait dans le sanctuaire pendant deux ou trois heures. Un jour, il disait à ce propos : « Combien il est difficile de s'extraire de la prière, et de revenir pour s'occuper des affaires du monde ». La nuit, il restait éveillé, et ne s'accordait que très peu de sommeil. Même s'il ne faisait pas de visites officielles, il surgissait de façon imprévue chez ceux qui étaient en difficulté, parfois à des heures indues, et quel que soit le temps qu'il faisait au-dehors. La nuit, il se contentait díun « repos éveillé », dans son fauteuil. Aussi conseillait-il, à quiconque désirait lui téléphoner, de l'appeler non de jour, où il était accaparé, mais vers minuit ou vers une heure du matin. Chaque jour, il visitait les malades, en leur apportant les Saints Dons. On le voyait souvent, et parfois fort tard et par très mauvais temps, marchant dans les rues de Shanghai avec son bâton épiscopal à la main, le « rasson » flottant au vent. Il était chaussé de sandales légères, qu'il cédait souvent à un pauvre ; il célébrait toujours pieds nus... C'était une originalité extrêmement remarquée, dans les milieux plutôt formalistes de l'Orthodoxie !

Lorsqu'on se dédie au salut des âmes, disait-il, il faut se rappeler que les gens ont des besoins concrets qui ne se laissent pas ignorer : « On ne peut pas prêcher l'Évangile sans manifester de l'amour envers les besoins de chacun ». L'une des manifestations de líamour concret de l'évêque Jean pour ceux qui sont en difficulté, fut la fondation de l'Orphelinat Saint Tikhon de Zadonsk. L'évêque Jean rassembla une équipe de femmes et, commençant par huit enfants, finit par organiser un orphelinat qui donna refuge à des centaines de pensionnaires, en quinze ans d'existence à Shanghai. « Vladyka » rassembla lui-même des enfants malades et affamés, dans les rues et dans les sombres ruelles de Shanghai.

Les paroissiens du diocèse de Shanghai éprouvaient beaucoup díamour et de respect pour leur pasteur ; cela apparaît dans ces extraits de lettres, quíils écrivaient au métropolite Mélèce en 1943 :
« Nous les gens du monde, les laïcs, ne pouvons atteindre la profondeur de sa connaissance de la théologie, de son érudition, de ses homélies, profondément imprégnées de Foi apostolique, prononcées presque chaque jour et fréquemment imprimées. Nous le peuple de Shanghai, nous parlons de ce que nous voyons et ressentons, depuis l'arrivée de notre évêque en notre cité multi-ethnique, de ce que nous voyons de nos yeux de pécheurs et de ce que nous ressentons, de notre cúur de chrétiens.

« Dès le jour où il est arrivé, le pénible phénomène de la division des Eglises a cessé ; líOrphelinat Saint Tikhon de Zadonsk, qui nourrit, habille et éduque habituellement deux cents enfants, fut construit à partir de rien ; progressivement, les conditions d'existence des maisons de charité, sous le patronyme de saint Philarète le Miséricordieux, se sont améliorées ; les malades dans tous les hôpitaux de Shanghai reçoivent la visite de prêtres, peuvent recevoir régulièrement les Saints Mystères et si un décès survient, même les sans-abri peuvent être inhumés avec des funérailles convenables ; notre évêque visite personnellement les malades mentaux, alors qu'ils vivent en un hôpital situé loin de la ville ; les prisonniers qui sont dans les prisons de la « Colonie » et de la Concession française ont la possibilité de prier au lieu même de leur détention, pendant la célébration de la Divine Liturgie, et de recevoir la sainte Communion chaque mois. Notre évêque porte une attention soutenue à l'éducation et l'instruction des jeunes, dans un esprit orthodoxe et national. Dans de nombreuses écoles non-russes, nos enfants peuvent apprendre la Loi divine. Pendant tous les moments difficiles de la vie de notre communauté, nous avons vu notre évêque montrer le chemin, nous défendre et soutenir nos séculaires principes moraux russes. Toutes les organisations sectaires et les confessions hétérodoxes comprennent maintenant que combattre un tel pilier de líOrthodoxie est chose très difficile. Notre évêque visite inlassablement les églises, les hôpitaux, les écoles, les prisons, les organisations civiles et militaires, apportant toujours avec lui le réconfort et la Foi. Du jour de son arrivée, pas une personne infirme nía été privée de la prière et la visite personnelle de notre évêque. Par les prières de notre Luminaire, beaucoup ont reçu du réconfort et retrouvé la santé. Comme un flambeau, il éclaire nos péchés, comme un carillon retentissant il réveille notre conscience, et appelle nos âmes pour la lutte spirituelle. Comme un bon Pasteur, il nous appelle à prendre nos distances par rapport au monde, ne fût-ce que pendant un instant ; il nous appelle à élever nos yeux vers le ciel, díoù provient notre aide. Il est pour nous un exemple, suivant les mots de líApôtre Paul, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté (1 Tm 4,12) ».

Les fidèles ne se trompaient pas en émettant un tel témoignage en faveur de leur pasteur. Les gens trouvaient vraiment en lui une capacité à donner sa vie pour son troupeau. Pendant líoccupation japonaise, deux présidents du Comité de líEmigration russe furent tués successivement, et la peur s'empara de la colonie russe. L'évêque Jean se chargea temporairement de la direction de la colonie russe, en dépit du danger auquel cela l'exposait incontestablement.

Après un long délai causé par la guerre, un décret arriva du Synode de líÉglise russe hors-frontières , élevant l'évêque Jean au rang d'archevêque relevant directement du Synode.

Les dons de thaumaturge et de clairvoyance de l'archevêque Jean étaient bien connus à Shanghai. Il arriva que Mgr. Jean fut appelé en toute urgence afin de porter la sainte Communion à un homme qui se mourait en un hôpital. Ayant pris les Saints Dons, Mgr. Jean se dirigea vers l'hôpital, accompagné d'un prêtre. Lorsqu'ils arrivèrent, ils virent un jeune homme, âgé d'environ vingt ans, qui était en train de jouer de l'harmonica. Il s'était díores et déjà trouvé mieux, et devait quitter líhôpital promptement. L'archevêque Jean líappela et lui dit : « Je veux te donner la Sainte Communion tout de suite ». Le jeune homme s'approcha immédiatement, se confessa et reçut la Sainte Communion. Le prêtre, fort étonné, demanda à l'archevêque Jean pourquoi il n'était pas allé auprès du mourant, mais s'était adressé à un jeune homme visiblement en parfaite santé. Il répondit simplement : « Il mourra cette nuit, tandis que l'autre, bien qu'il soit sérieusement malade, vivra de nombreuses années ». Et c'est précisément ce qui arriva. Par l'action de l'archevêque Jean, le Seigneur manifesta des miracles semblables en Europe et en Amérique.

À la fin des années quarante, les communistes s'emparèrent du pouvoir en Chine, et les Russes furent forcés de fuir à nouveau, la plupart vers les Philippines. En 1949, environ cinq mille réfugiés venant de Chine furent regroupés en un camp, sous la responsabilité de l'Organisation internationale des réfugiés, sur l'île de Tubabao. Il vivaient sous des tentes, et dans des conditions très difficiles. On y retrouvait tous les enfants de l'orphelinat, ainsi que des vieillards et des infirmes. Ils vivaient sous la menace continuelle de violents ouragans, car l'île est située dans le passage saisonnier de typhons qui traversent cette partie de l'Océan pacifique. Pendant les vingt-sept mois d'existence du camp de réfugiés, l'île ne fut menacée qu'une seule fois par un typhon qui modifia sa course et passa au large de l'île. Chaque nuit, l'archevêque Jean faisait le tour de l'ensemble du camp et bénissait d'un signe de croix les quatre points cardinaux. Plus tard, lorsque les gens se dispersèrent dans différents pays et que le camp avait été presque complètement évacué, un puissant typhon se déchaîna sur le camp et le rasa au sol.

Plus d'une fois, Mgr Jean dût comparaître devant les représentants de l'autorité civile, afin de plaider pour les besoins des réfugiés russes. On recommanda à l'archevêque Jean de rédiger personnellement une pétition destinée à Washington, afin que les réfugiés du camp puissent être accueillis en Amérique. Il prit l'avion pour Washington. Une fois arrivé à la Maison Blanche, le préposé refusa de le laisser passer. Mgr Jean s'assit tout simplement sur les marches de l'escalier et y resta, priant silencieusement. Les fonctionnaires gouvernementaux voyaient, chaque fois qu'ils passaient, cet évêque priant sur les marches de l'escalier. Finalement, les autorités acceptèrent d'examiner sa requête. C'est ainsi que, triomphant hardiment de tous les obstacles humains, il obtint que les lois de l'immigration soient changées, et que l'exode de son troupeau, y compris les orphelins chinois, puisse être accompli.

En 1951, l'archevêque Jean fut chargé de la direction du diocèse d'Europe occidentale de l'Église russe hors-frontières. Au début, il administra le diocèse à partir de Paris, puis ensuite à partir de Bruxelles. Il voyageait continuellement à travers líEurope, célébrant la Divine Liturgie en slavon, en français, en allemand, en grec, en chinois et en anglais. On écrivait ceci à son propos à Paris : « Il vit en-dehors de notre niveau d'existence. Ce n'est pas par hasard que dans l'une des églises catholiques, un prêtre dit, síadressant aux jeunes : Vous dites qu'il níy a plus de miracles, qu'il níy a plus de saints. Pourquoi avez-vous besoin díune preuve théorique, alors qu'un saint vivant parcourt les rues de Paris, saint Jean pieds-nus ! »
Lorsqu'il était en Europe, l'archevêque Jean rassembla de la documentation sur les saints de l'Eglise indivise qui étaient vénérés en Occident, mais oubliés ou ignorés en Orient. Ce fut sur sa recommandation que leur vénération fut restaurée, et leurs noms inscrits dans le calendrier liturgique. La spiritualité de l'archevêque Jean, sa connaissance des langues, et par-dessus tout, son exemple, tout cela attira de nombreux Français, Allemands et Européens de toutes origines vers la foi orthodoxe. L'archevêque Jean considérait que la Foi orthodoxe doit être mise au tout premier plan des préoccupations, les questions culturelles et identitaires passant au second plan. Il se distinguait par là du milieu de l'émigration russe, qui considérait le plus souvent l'Orthodoxie comme une des particularités de la culture russe, et non pas comme la Foi des Apôtres en le Christ ressuscité. L'archevêque Jean faisait preuve d'une ouverture d'esprit qui contrastait vivement avec le ritualisme et le passéisme de l'émigration russe. Il s'occupa activement des Français qui désiraient s'unir à l'Orthodoxie tout en conservant une liturgie occidentale. Il encouragea cette initiative, et tint à célébrer lui-même la « Liturgie de Saint Germain » - reconstitution d'une liturgie occidentale telle qu'elle était sensée exister du temps de l'Église indivise.
En automne 1962, l'archevêque Jean fut envoyé d'urgence à San Francisco pour restaurer la paix au sein de la communauté russe, divisée à propos de la construction de la cathédrale. Il arriva à San Francisco le jour de la fête de l'Entrée au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu, liturgiquement le même jour que lors de son arrivée, bien des années auparavant, à Shanghai. Tout díabord, il seconda son aîné âgé et affligé d'infirmités, l'archevêque Tikhon. Ensuite, après le décès de Mgr Tikhon, l'archevêque Jean devint évêque titulaire du diocèse d'Amérique du Nord. Une fois de plus, l'archevêque Jean se retrouvait face au défi d'un chantier inachevé, celui de la cathédrale de San Francisco, et une fois de plus, tout comme en Chine, il avait à dénouer de graves dissensions.

Pour l'archevêque Jean, la priorité était la reprise des travaux de construction de la nouvelle cathédrale consacrée à la Mère de Dieu, apparue en son icône de la « Joie de tous les affligés ». Ces travaux avaient été complètement arrêtés du fait díun manque de fonds et d'amères divisions qui paralysaient la communauté ecclésiale. Par la force de sa prière, et par une surveillance constante des travaux de construction, l'archevêque Jean parvint à remettre ce chantier en activité.
L'archevêque Jean dut endurer bien des épreuves pendant cette période, et même celle d'être convoqué devant le tribunal. Les dernières années de sa vie furent remplies de líamertume du scandale et de la persécution. Il dut endurer l'envie, les critiques, la confusion dans l'esprit des gens. À cette époque, quelqu'un lui demanda qui était responsable des divisions dans líEglise. Il répondit simplement : « le diable ».
En 1964, la construction du plus grand temple de l'Église russe hors-frontières, orné de cinq bulbes, était pratiquement achevée.

Le 2 juillet 1966, l'archevêque Jean célébra la Divine Liturgie en la cathédrale de Saint Nicolas à Seattle et il resta dans le sanctuaire pendant trois heures. Après avoir rendu visite à quelques-uns de ses fils spirituels qui vivaient près de la cathédrale, il retourna en sa chambre, dans le presbytère où il logeait, où il quitta ce monde pour reposer paisiblement en le Seigneur. Les funérailles de l'archevêque Jean furent célébrées le 7 juillet 1966 en la cathédrale de San Francisco. Après son départ de ce monde, tout comme pendant sa vie terrestre, l'archevêque Jean continua díaccomplir divers miracles et guérisons pour ceux qui se tournent vers lui dans la foi. Les gens, pendant les moments difficiles de leur vie, lorsque nulle aide terrestre ou humaine níest plus capable de les assister, ont recherché son intercession devant le Seigneur. En octobre 1993, les restes de l'archevêque Jean furent examinés et trouvées intactes quand on ouvrit son cercueil. Saint Jean a été glorifié par l'Église russe hors-frontières, en juillet 1994.

Vénérable Païssios le Grand

Vénérable Païssios le Grand

Cadet d'une famille de sept enfants, Saint Païssios fut consacré à Dieu par sa mère, à la suite de la vision d'un Ange. Parvenu au seuil de l'âge adulte, il se rendit dans le désert de Nitrie, auprès d'abba Pambo (cf. 18 juil.) qui le revêtit de l'Habit monastique. Parfaitement obéissant à son père spirituel, comme à Dieu lui-même, il progressa rapidement dans la voie de l'ascèse. Comme Pambo, pour l'éprouver, lui avait donné l'ordre de se tenir la tête baissée, sans jamais regarder quelqu'un en face, Païssios passa trois ans, le regard cloué au sol et l'esprit tout entier plongé dans la prière, en ruminant les paroles de l'Ecriture Sainte, qui devenaient en sa gorge plus douces que le miel.

Après la mort d'abba Pambo, il vécut avec Saint Jean Colobos (cf 9 nov.), dans la même cellule, partageant avec lui les mêmes dispositions spirituelles et le même mode de vie ascétique. Cependant, au bout de quelque temps, Païssios, tout tendu en avant vers une plus haute perfection, commença à jeûner toute la semaine, ne mangeant que du pain et du sel, le samedi; puis il étendit son jeûne à deux semaines de suite et fut saisi du désir impétueux de se retirer seul avec Dieu seul. Répondant à leur prière, pour savoir si ce désir venait réellement de Dieu, un Ange leur apparut et ordonna à Jean de rester en cet endroit, pour guider dans la voie de la vertu ceux qui s'y présenteraient, et il prescrivit à Païssios de se retirer dans la partie occidentale du désert de Scété. Parvenu à l'endroit indiqué par l'Ange, Païssios creusa une grotte dans un rocher et s'y consacra à la prière avec un tel zèle, que le Christ lui apparaissait fréquemment, afin de lui témoigner Sa faveur et de lui prédire que ce désert serait bientôt rempli d'ascètes venus imiter son genre de vie. Et Il lui promit qu'Il prendrait soin de leurs besoins matériels et les protégerait des embûches des démons. Païssios résistait avec vaillance aux tentations et quand un riche Egyptien se présenta pour lui offrir une importante somme d'argent, ayant discerné qu'il s'agissait d'un piège dressé par le diable pour lui faire perdre la grâce de la pauvreté évangélique, il le repoussa sans hésitation.

Lors d'une extase, au cours de laquelle il fut transporté au Paradis, au sein de l'Eglise des Premiers-nés, il reçut la grâce de se dispenser définitivement de nourriture et de ne vivre que de la Sainte Communion reçue le dimanche. Il passa ainsi soixante-dix années, jusqu'à la fin de ses jours, sans ressentir la faim, car la Grâce Divine venait le fortifier.
Le rayonnement de sa sainteté se répandit au loin et, moines et laïcs, venaient en grand nombre lui demander de se joindre à lui, telles des abeilles se rassemblant dans une ruche, pour y jouir du miel spirituel de son enseignement. Avec une souveraine sagesse le Saint laissait les uns embrasser aussitôt la vie érémitique, et il recommandait aux autres de vivre en communauté, dans la soumission et l'obéissance, chacun selon ses possibilités. A tous, il donnait néanmoins comme commandement absolu de ne jamais rien faire par volonté propre, mais d'agir en tout selon l'ordre de leur père spirituel.

Ayant délivré son enseignement à ces premiers disciples, il se retira pendant trois ans dans une grotte du désert profond, et y noua sa longue chevelure à un piquet haut placé, de manière à se trouver contraint de rester debout. En réponse à cette nouvelle violence faite à la nature, le Christ lui apparut dans toute Sa gloire et lui promit d'accorder le pardon à tout pécheur pour lequel son serviteur intercéderait. C'est ainsi que, peu après, Païssios put tirer de l'enfer l'âme d'un moine négligent, pour lequel son père spirituel était venu solliciter la prière de l'homme de Dieu.

Bien qu'il s'efforçât de se retirer toujours plus loin des hommes, Dieu lui ordonna de retourner dans le désert "extérieur" (Nitrie), pour instruire les frères, et lui promettant une double récompense, Il lui dit : « Celui qui pratique seul l'ascèse est Mon serviteur, tandis que celui qui se met au service des autres pour l'enseignement est mon fils et mon héritier. » Lorsqu'ils apprirent la venue de Païssios, les moines de Nitrie accoururent en hâte pour l'accueillir. Parmi eux se trouvait Saint Jean Colobos, son ancien compagnon, qui, frappant à la porte de sa cellule, entendit que Paissios s'entretenait avec un mystérieux personnage, et quelle ne fut pas sa surprise de découvrir, en entrant, que l'ancien était seul. Païssios lui révéla qu'il s'agissait de Saint Constantin le Grand, qui avait été envoyé par Dieu auprès de lui afin de lui témoigner son admiration pour les moines et lui avouer qu'il n'avait pas acquis au ciel une telle gloire et une semblable familiarité avec Dieu. Et l'empereur avait ajouté qu'il regrettait de n'avoir pas abandonné la pourpre pour le rude vêtement des moines.

Abba Poimen (cf. 27 août), alors encore jeune, vint aussi rendre visite à l'homme de Dieu, en compagnie de Saint Paul (de Thèbes) , qui était ami de Païssios; mais, saisi de crainte, il n'osa pas franchir le seuil. Devinant qu'il était resté à l'extérieur, Saint Païssios le fit entrer, l'embrassa tendrement et prédit qu'il allait devenir un luminaire du désert et cause de salut pour un grand nombre.

Alors que Saint Païssios vivait retiré, ses disciples avaient formé aux alentours une sorte de communauté d'ermites. Aguerri dans le combat spirituel, il corrigeait leurs illusions, les exhortait à la pénitence et les aidait à discerner entre les tentations venues des démons et les pensées mauvaises suggérées par leurs propres passions. Par sa prière, un jour, il lia même le démon et l'empêcha de tenter les frères qui étaient trop faibles pour livrer le combat contre lui. Une autre fois, sous la menace du Saint, le Malin confessa qu'il ne s'attaquait pas aux débutants, car la grâce divine et leur zèle les protégeaient, mais qu'il guettait patiemment le temps où ils commenceraient à se livrer à la négligence, pour les faire alors tomber sans peine dans ses filets. Comme on lui avait demandé quelle est la plus grande des vertus, l'Ancien répondit : « Celle qui est accomplie en secret. » Et à un autre frère qui lui avait posé la même question, il dit : « La plus grande des vertus, c'est de suivre le conseil d'un autre et non sa propre volonté ». Quant à lui, lorsqu'il se trouvait au milieu des frères, il ne laissait rien découvrir de son mode de vie; et si une de ses pratiques ascétiques venait à être connue, il l'abandonnait aussitôt pour éviter l'estime des hommes.

Un jour, comme il priait dans sa cellule, le Christ lui apparut en compagnie de deux Anges, et, imitant le Patriarche Abraham, Saint Païssios lui lava les pieds. Le Seigneur le bénit alors et lui dit : « Paix à toi, Mon serviteur choisi ! » Comme un de ses disciples avait refusé de boire l'eau qui avait servie à laver les pieds du Seigneur, le Saint l'envoya sur les lieux de la sépulture de trois saints hommes qui avaient été dotés du don de prophétie, et l'un d'eux ressuscita pour l'exhorter à l'obéissance sans murmure. Le disciple se repentit alors amèrement de sa désobéissance qui l'avait privé d'une grande grâce.

Parvenu à un âge avancé, Païssios se rendit chez abba Paul, et ils passèrent quelque temps ensemble. Tel un jeune débutant, il exhortait l'autre vieillard à rivaliser de zèle pour ajouter sans cesse de nouvelles ascensions dans la prière, tant que le Seigneur leur en donnerait la force. Puis, de retour dans son désert, il s'endormit dans la paix, précédant de peu Saint Paul dans le séjour des bienheureux. On raconte qu'abba Isidore, ayant appris son décès, vint prendre la Relique de l'homme de Dieu, pour la transférer en Pisidie. Quand le bateau sur lequel il l'avait chargée, parvint à proximité de la sépulture de Saint Paul, il s'immobilisa. Un ermite clairvoyant expliqua que c'était là un signe de Dieu indiquant qu'ils devaient charger aussi le corps de Paul sur le navire. Ainsi réunis corporellement après la mort, les deux Saints furent déposés dans un monastère de Pisidie, où ils accomplirent de nombreux miracles.